La fiction au service de la formation

Temps de lecture estimé : 4min

[PAROLE D’EXPERTE]

Aujourd’hui, nous sommes avec Flo, directrice de la cellule Learning Solution à l’Agence 360 AV Prod, pour parler de fiction et de formation dans la vidéo.

Au programme :

  • pourquoi utiliser la fiction dans un contexte de formation
  • comment ça marche concrètement
  • quels avantages tirer de ce type de format.

Allez, c’est parti !

Salut Flo ! Alors dis-nous, pourquoi tu voulais nous parler du processus de fiction aujourd’hui ?

Alors pour vous remettre un peu dans le contexte, il faut savoir qu’on utilise beaucoup la vidéo dans la formation parce qu’elle est très attractive : c’est un média qui va utiliser plusieurs canaux de mémorisation (la visualisation, l’audition, la lecture) et qui permet d’avoir de supers résultats pour embarquer la majorité de collaborateurs.trices d’un coup.

On va faire un petit panoramique des différents types de vidéos : on a les interviews, qui permettent de positionner des personnes comme des références sur un sujet, comme des experts ou des sponsors; les types reportage ou docu, pour explorer un sujet dans son contexte, c’est plus immersif, le réalisme est plus poussé. Et enfin dans les grands genres audiovisuels dans la formation, on a les tutos, ce sont des pas à pas qui permettent de (ré)apprendre un geste, une manipulation (IRL ou sur un logiciel).

Avec la fiction, on va utiliser entre autre l’angle du ludique pour lever les irritants : c’est un bon moyen pour parler de sujets un peu hardus, ou peu plaisants, sans que ça ne devienne barbant ou repoussant. Mais bien sûr, on peut aussi l’utiliser pour des sujets sympas !

Quand tu dis fiction, tu entends quoi ?

On sort de tout ce qui est interview, reportage ou tuto. Alors ce n’est pas de la fiction, type storytelling pour de la vidéo très corporate, avec une belle voix off par exemple. Là, on est vraiment sur des produits qui vont reprendre les codes de produits culturels connus, et on va les détourner et les intégrer à un discours de contenu d’entreprise.

C’est une palette assez large : ça va de la reprise de séries, de films à des codes de Youtubeurs, d’émissions TV… C’est un mot très à la mode mais ça colle à ça : on est sur quelque chose de disruptif, c’est-à-dire que la forme et le fond ne sont a priori pas faits pour aller ensemble, mais quand on les mélange, on crée des étincelles !

Vu comme tu le présentes, ça à l’air trop fun ! Mais concrètement, tu fais comment pour transférer un sujet un peu sérieux dans un contexte pop ?

C’est nos secrets d’artistes ! (elle me fait un clin d’oeil). Non, plus sérieusement, on y va pas comme des petits foufous, c’est quelque chose de très construit, qui demande un véritable investissement intellectuel.

Si je devais baliser quelques étapes, voici les plus importantes :

  • s’imprégner du sujet. ça peut paraître évident, mais quand vous recevez 70 pages sur une stratégie d’entreprise, vous avez intérêt à fouiner un peu entre les lignes pour bien comprendre tous les enjeux. Pour ça, on prend le temps de se rencontrer, d’échanger, et notre rédactrice va vraiment explorer le sujet, faire des recherches complémentaires, poser des questions… à la fin, à la limite, elle connaît mieux le sujet que vous ! (rires)
  • de là, on va sortir un premier brief d’écriture qui va nous permettre de mettre en avant les messages clefs, les buts de la vidéos, de lister les irritants… On n’évite pas les freins, parce que ce sont des formidables leviers à utiliser quand on est dans l’humour – sans être dans le mépris ou la condescendance, bien évidemment. Un verbatim, un blocage… c’est autant de ressort humoristique pour nous et les spectateur.trices, pour faire avancer le discours.
  • et ensuite, on défini un concept. On propose aux clients, en fonction du sujet, du budget… ce qu’il est possible de faire et ce qui va être le plus adéquat au sujet. Un des pièges, ce serait de faire de la fiction pour faire du fun, mais ce n’est pas du tout notre ligne de prod. Pour nous, la pertinence passe avant tout, et si bien sûr on adore parler de la sécurité dans les entrepôt dans un décor digne d’Indiana Jones ou X-Files..; on conçoit une forme qui sert le fond, et non pas des paillettes qui vont brouiller le message. Après ce premier draft, on rentre dans le dur, avec la rédaction des scénarios, la relecture puis toute la prod et la post-prod, comme pour toutes les vidéos.

Pour toi, c’est quoi qui fait qu’une scène est réussie ?

Le point le plus important, c’est de doser ludique et sérieux. On est funs mais pédagogiques, c’est le but premier de la vidéo : que vos collaborateurs.trices apprennent. Le côté ludique permet d’amener des respirations dans le contenu. On va aussi jouer sur des mots qui peuvent prendre des doubles-sens, par exemple sur un sujet qui parlait de prélèvements financiers, on a recréer le labo des Experts, où l’on fait des… prélèvements sur les échantillons (bruit de tambour).

Tu aurais un conseil à donner pour une entreprise qui veut se lancer ?

Pensez bien à ce que les personnes doivent retenir à la fin des vidéos, c’est ça qui va nous donner le fil rouge de ces petits “films.” J’adore faire des vidéos ludiques, mais ce n’est pas une solution miracle qui match tout le temps, il faut que l’entreprise accompagne ces discours, parce que parfois, quand on est trop “corpo” depuis des années, on peut faire face à une incompréhension. Si c’est votre cas, allez-y par petites touches : une petite pastille, sur un sujet plus léger pour commencer, et progressivement vous pourrez utiliser ce mode pour d’autres formations. Il faut aussi savoir que tout n’est pas forcément dans l’humour : scénariser, c’est déplacer le sujet, et il existe d’autres moyens, comme la métaphore, le conte… pour que vos messages soient vraiment entendus.

Et enfin, pensons votre diffusion ! Dans une salle avec le formateur ? Sur un learning management system ? Les fiches mémos, les PDF complémentaires, les quizzs de validation d’acquis… ce sont autant de petites choses qui vont ancrer le savoir, et qui feront que vos vidéos auront un vrai succès !

Merci Flo pour ces conseils ! Moi, ça m’a donné grave envie, alors si t’as besoin d’une figurante pour ta prochaine scène d’inspiration Harry Potter, tu m’appelles !